Histoire du village de Prosnes et de la ferme de Constantine

Les origines de Prosnes paraissent très anciennes mais il n'existe pratiquement aucun document d'avant 1607.

Plan de la région de Prosnes
Plan de la région de Prosnes

Période préhistorique

Les collines de Moronvilliers constituaient semble t'il des postes d'observation, des refuges pour les populations primitives de la région.

Période Gauloise

Les Gaulois étaient à priori fortement implantés dans la région. Quatre cimetières Gaulois ont d'ailleurs fait l'objet de fouilles. On y a retrouvé des armes, des poteries et des parures en bronze.

Le plus important d'entre eux se situe au lieu-dit 'Buisson-Mouton' ou 'Petit Terrage'. Un autre se situe à 700 mètres au sud de la ferme de Moscou, aux 'Vins de Bruyère'. Le troisième est entre la motelle et la route de Prosnes, à la ferme de Leipsig, au lieu-dit la "Voie de Sept-Saulx'.
Le quatrième est sur Moronvilliers, aux 'Courtes Tournières'.

Période Gallo-Romaine

Un cimetière de cette période se situe au pied du Mont-Haut à 400 mètres au dessus de l'emplacement du village d'Ardenay, dit Saint-Georges, un ancien village Gallo-Romain.

Prosnes était dans le pays des Rémi, nation Belge alliée des Romains. Leur ville principale, Durocortonum, s'élevait sur l'emplacement de Reims.

Les Romains avaient, pendant le règne de Constantin II (337-340), construit un aqueduc qui amenait les eaux de la Suippe depuis Jonchery-sur-Suippe jusqu'à Reims. Cet aqueduc était creusé sur environ 1m60 de hauteur et avait une largeur de 1m70. Il était construit avec de la roche d'Hermonville.
La destruction de l'aqueduc date vraisemblablement du Xème ou XIème siècle, au moment de la construction des églises.
Des restes d'amphores, des lampes en terre cuite et quelques médailles romaines ont été extraites des cuvettes qui jalonnaient le radier de l'aqueduc pour y faciliter le puisage de l'eau.
Même détruit, l'aqueduc continuait à propager de l'humidité sur son parcours, favorisant ainsi la végétation et faisant croire au miracle à ceux qui en ignoraient la cause 'naturelle'. Le nom de 'Chemin de la Vierge' sera donné à cette zone de végétation plus abondante.
La destruction de l'aqueduc n'est vraisemblablement terminée que vers 1840, époque de la construction des églises de Prosnes et d'Aubérive ou de la ferme de la Pompelle.

Près du cimetière d'Ardenay, les ruines d'une importante résidence Romaine ont été retrouvées. Sur le territoire de Prosnes, de nombreuses monnaies Romaines ont été ramassées, par les bergers notamment, le passage des moutons les mettant à nu et les rendant ainsi visibles.

9ème siècle

Les Normands viennent piller les églises et brûler les villages. C'est de cette époque que remonte la construction des souterrains qui devaient vraisemblablement servir de caches. Des puits découverts au sud du mont Cornillet, profonds de 60 à 70 mètres, descendaient dans ces galeries.
De nombreux souterrains datant des anciennes guerres ont été découverts dans les environs de l'ancien village d'Ardenay et à l'ouest de Prosnes aux lieux-dits 'Le Charbon et La Reulette'. Dans le village, à l'occasion d'un effondrement de la chaussée de la grande rue, on a constaté l'existence d'un souterrain allant de l'église à la maison Devaux située dans la ruelle basse des Mengras.

10ème siècle

Incursions des Normands vers 911, puis des Hongrois vers 937.

12ème siècle

Construction de l'église de Prosnes, en partie avec les pierres provenant de l'aqueduc Romain.

16ème siècle

En janvier 1578, des lettres du roi Henri III portent création et établissement d'un marché à Prosnes chaque vendredi, et d'une foire annuelle, le jour de la Saint Anne (26 juillet).

Le répertoire Archéologique mentionne la construction du moulin vers le 16ème ou 17ème siècle. Pourtant il apparait que celui-ci aurait été construit en 1838, sous la forme d'une large tour en craie située au nord-ouest de Prosnes près de la croix Potier, sur la route de Nauroy.

17ème siècle

Prosnes compte environ 460 habitants.
Le village est pillé par l'armée du Baron Erlach le 1er avril 1649. Les habitants se réfugient à Reims.

18ème siècle

Le village, la tour et le château d'Ardenay ont disparu. Il reste néanmoins des vestiges de la chapelle Saint-Georges ou Ardenay.
Le seigneur de Prosnes, Monsieur de Thuisy, obtient en 1733 qu'une 2ème foire soit instaurée à Prosnes en février, le lendemain de la St Mathias. Cela entrainera une certaine prospérité au village.

Tenant à Prosnes, il existait un château féodal, au lieu-dit 'le Huret', et la ferme de ce château se trouvait au lieu-dit 'le Bauchet', à la sortie du village vers Thuisy.
En 1795, le château de Thuisy fût mis à sac et démoli, le marquis de Thuisy s'était alors réfugié en Angleterre.

19ème siècle

Prosnes compte 445 habitants en 1805, puis 468 en 1807.
C'est en 1812 qu'a lieu la construction de la ferme de Moscou, dont le nom se rapporte aux campagnes de Napoléon 1er.
La ferme de Leipsig est quant à elle construite vers 1820.

1836 - Construction de la ferme de Constantine

Imitant en cela les légions romaines, les armées françaises de Napoléon Ier à Napoléon III remirent au goût du jour le fait de donner aux soldats dégagés de leurs obligations militaires ou réformés une terre pour s'établir en civil.
Après la bataille de Sébastopol, en Crimée, en 1854, de nombreuses fermes données à d'anciens soldats prirent ce nom. Il en est de même pour Mazagran et Constantine (Algérie, vers 1840), Mogador (Maroc), Moscou et la Bérésina (1812), etc.

Elle est située au sud de l’ancien cimetière Gaulois découvert au lieu dit « Le Buisson Mouton » ou « Petit Terrage » et de l’ancien aqueduc Romain, le long de l'ancienne voie romaine Reims-Suippes, devenue RD931 de nos jours.

1882

Un incendie ravage la grange, les écuries et la laiterie-fromagerie.

1914 - 1918 - La grande guerre

A la déclaration de guerre, les terrains des fermes de Moscou et de Leipsig étaient plantés de sapins fournissant du bois de mine. Ces sapins seront détruits par les bombardements ennemis.
La laiterie de la ferme de Constantine est détruite par un incendie fin janvier 1914, et sera entièrement reconstruite peu avant la déclaration de guerre. L’autre partie de la ferme servait principalement d'auberge et de relais de diligences.
Prosnes compte alors 550 habitants.

La grande guerre - Prosnes au début de la guerre
La grande guerre - Prosnes au début de la guerre

Prosnes devient rapidement le lieu de batailles dévastatrices.

Les monts de Champagne, emplacement stratégique surplombant la plaine de Mourmelon, le camp de Chalons, la vallée de la Suippe et donnant vue sur les positions allemandes de Nogent-l’Abbesse et Berru, constituaient une pièce maîtresse du système défensif allemand. Le mont Cornillet, sommet des monts de Champagne situé au nord-ouest de Prosnes, abrite notamment plusieurs bataillons allemands dans des tunnels et galeries. La prise de ces positions allemandes feront l'objet de batailles meurtrières.

La grande guerre - Plan des installations défensives des Monts de Champagne
La grande guerre - Plan des installations défensives des Monts de Champagne

La grande guerre - Le mont Cornillet
La grande guerre - Le mont Cornillet

La grande guerre - Plan des tunnels du mont Cornillet
La grande guerre - Plan des tunnels du mont Cornillet

La grande guerre - Entrée sud des tunnels du mont Cornillet
La grande guerre - Entrée sud des tunnels du mont Cornillet

La grande guerre - Entrée sud des tunnels du mont Cornillet
La grande guerre - Entrée sud des tunnels du mont Cornillet

Le village de Prosnes sera entièrement détruit entre décembre 1914 et juillet 1915, y compris les fermes de Moscou et Constantine, toutes deux excentrées par rapport au village.

Le 27 décembre 1914, Prosnes est cité dans "Reims à Paris" :

Cette commune est presque entièrement détruite. Il y a environ un mois, il ne restait que sept maisons debout.

La grande guerre - Les ruines de Prosnes
La grande guerre - Les ruines de Prosnes

La grande guerre - Les ruines du moulin de Prosnes
La grande guerre - Les ruines du moulin de Prosnes

La grande guerre - Les ruines de l'église de Prosnes
La grande guerre - Les ruines de l'église de Prosnes

La grande guerre - L'intérieur de l'église de Prosnes en ruines
La grande guerre - L'intérieur de l'église de Prosnes en ruines

La grande guerre - La ferme de Moscou en ruines
La grande guerre - La ferme de Moscou en ruines

La grande guerre - Poste de secours de la ferme de Moscou
La grande guerre - Poste de secours de la ferme de Moscou

La grande guerre - Poste ambulance situé à la ferme de Constantine
La grande guerre - Poste ambulance situé à la ferme de Constantine

La grande guerre - Evacuation de bléssé au poste ambulance de Constantine
La grande guerre - Evacuation de bléssé au poste ambulance de Constantine

La région de Prosnes a été occupée de 1914 à 1918 par des troupes nombreuses, françaises comme allemandes. Aussi en est-il question dans beaucoup d'ouvrage sur la guerre.

... Près de Constantine, du côté de Moscou, la route de Reims est effondrée à l'endroit d'un abri sans doute. A Constantine, tout est en ruine. Passé la route, un pont de planches franchit une tranchée importante. Derrière la fromagerie, tout est bouleversé ...

... Mon impression fut pénible, lorsque je pénétrais dans ce que fût ce village. Tout est complètement rasé. Il ne reste rien d'habitable même étant sommairement réparé. J'ai pu reconnaitre l'église par les quelques tombes de civils et de militaires qui l'entouraient. De cette église, il ne reste plus rien. J'ai reconnu que les militaires inhumés à cet endroit appartenaient au 27ème d'infanterie tués en avril 1915.

... Privé d'indication pour continuer ma route dans la direction de la ferme de Moscou, je montais sur un monticule, et aussi loin que mes yeux se portèrent, je ne vis aucun cimetière, mais par contre la désolation, la dévastation, la ruine. Celui qui n'a vu cette immensité ne peut s'en faire une idée. On ne voit que des tranchées bouleversées, le terrain complètement retourné, des réseaux de fils de fer barbelés.
Aucun habitant, aucune voiture, aucune bête humaine, aucun oiseau, rien, rien.

A la fin de la guerre, un camp de prisonniers Allemands de la compagnie PG115 est installé à Constantine.
Les prisonniers y sont occupés à nettoyer les terres de Prosnes des débris de toute sorte laissés par la guerre.

La grande guerre - La ferme de Constantine en ruine
La grande guerre - La ferme de Constantine en ruine

La grande guerre - La ferme de Constantine en ruine
La grande guerre - La ferme de Constantine en ruine

La ferme sera reconstruite vraisemblablement vers 1921. Prosnes ne compte plus alors qu'environ 300 habitants.

1939 – 1945

Une base aérienne temporaire de la 9th US Air Force baptisée 'Advanced Landing Ground A-79' est construite entre le 9 et le 21 septembre 1944 à proximité de Prosnes. Cette base comportait une piste unique constituée de plaques d'acier ajourées. La piste était orientée en 08/25.

Emblême de la 9th US Air Force
Emblême de la 9th US Air Force

Perced Steel Planking
Plaques constituant la piste de la base A-79

D'après les documents de l'US AF, cette base était située aux coordonnées 49°10′34″N 004°16′20″E.
Elle a accueilli des chasseurs et des transports de troupes de septembre 1944 à mai 1945, dont,

  • L'escadrille de chasseurs '362d Fighter Group' du 19 septembre au 5 novembre 1944, équipée de P47-Thunderbolt,
  • L'escadrille de chasseurs '425th Night Fighter Squadron' du 13 octobre au 9 novembre 1944, équipée de P-61 Black Widow,
  • Les transports de troupes du '438th Troop Carrier Group' de février à mai 1945, équipée de C-47 Skytrain.

362d Fighter Group 425th Night Fighter Squadron 438th Troop Carrier Group
Emblêmes des escadrilles de l'US Air Force stationnées sur la base A-79 de Prosnes

P-47 Thunderbolt P-61 Black Widow C47-Skytrain
Appareils ayant stationné sur la base A-79 de Prosnes

Les avions de combat ont effectué des missions de soutien, de larguage de bombes sur des positions d'artillerie, d'artillerie antiaérienne et des concentrations de troupes allemandes repérées.

La base a été démantelée le 2 juillet 1945 et les terrains restitués aux autorités françaises.
Aujourd'hui, il y a peu ou aucune preuve matérielle de son existence ou de sa localisation autres que quelques zones isolées en béton qui faisaient partie de la base aérienne. Dans les bois au sud-est de la base il subsiste quelques reliques de tranchées de la première guerre mondiale, toujours visibles plus d'un siècle plus tard.

La ferme de Constantine est quant à elle réquisitionnée par des Français de la DCA jusqu’en mai 1940, lorsqu’un terrain d’aviation situé près du village sur la route de Reims fut bombardé par les Allemands, poussant les troupes à la retraite et les habitants du village à l’exode.

La ferme de Constantine dans les années 1940
La ferme de Constantine dans les années 1940

Le village fût alors occupé par un contingent de soldats Allemands.
Le 30 Août 1944 à 7 heures du matin, les chars américains entrèrent dans le village. Prosnes était libéré après que quelques Allemands cachés dans différentes maisons soient capturés.

1945 - 1947 - L'après guerre

Les américains avaient construit le camp 'Cleveland', situé à l'embranchement de la RN31 et de la route menant à Beine-Nauroy. Il y avait même un terrain d'aviation qui coupait cette route.
Ce terrain d'aviation correspondait probablement à la plate-forme d'opérations de REIMS - WEZ - THUISY.
Des traces des infrastructures sont d'ailleurs encore visibles sur des vues aériennes.

Plate-forme d'opérations de REIMS - WEZ - THUISY (Marne)
Plate-forme d'opérations de REIMS - WEZ - THUISY (Marne)

Situés en bordure nord de la RN31 (actuelle RD931), immédiatement au sud du champ de tir aérien des Monts-de-Champagne aménagé à la même époque, les 95 ha (aplat orangé sur l’extrait de carte ci-dessus) destinés à servir d’assiette à la plate-forme d’opérations de Reims- Wez - Thuisy ont fait l’objet d’une cession amiable à l’État aux termes d’un unique acte administratif du 8 mai 1936.

Utilisée par l’Armée de l’Air en mai 1940, la plate-forme le fut à nouveau, quatre ans plus tard, par les Américains. Ceux-ci en repoussèrent les limites jusqu’à constituer une emprise de 545 ha (délimitée en bleu sur le plan) partagée en deux parties sensiblement égales par la RN31.

Tout en maintenant l’activité aéronautique sur la partie nord, ils construisirent sur celle-ci une piste de campagne de 1500 m x 50 m, en feutre bitumé sur 1100 m en partie centrale et en grilles métalliques sur chacune de ses extrémités (les infrastructures américaines sont reportées en noir sur le plan).

Les Américains ayant quitté le camp de Wez - Thuisy en octobre 1946, la Société Nationale des Surplus prit leur relève sur la quasi-totalité de la partie située au nord de la RN31. Pour le reste, le ministre chargé des transports prescrivit en février 1947 la levée des réquisitions.

Aucune décision n’ayant encore été prise quant à l’avenir aéronautique du site, la situation du moment fit que l’aérodrome rejoignit, à titre provisoire, la longue liste de ceux du département de la Marne déclarés fermés à la circulation aérienne publique par l’arrêté ministériel du 6 février 1947.

Estimée ne plus présenter d’intérêt, ni pour l’Armée de l’Air ni pour l’Aviation civile, la plate-forme de Wez - Thuisy sera remise à l’administration des Domaines en septembre 1950 en exécution de la loi créant des ressources nouvelles au profit du Trésor.

Échappant jusque là à son aliénation, elle sera, sans réintégrer le domaine public aéronautique, réaffectée en août 1955 à l’Armée de l’Air en vue de sa réutilisation à échéance plus ou moins lointaine.

Finalement, le terrain de Wez - Thuisy sera restitué à l’administration des Domaines en septembre 1964 puis vendu à la SAFER - Champagne-Ardennes (Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural) en janvier 1969.

Vue aérienne de la plate-forme d'opérations de REIMS - WEZ - THUISY (Marne) le 2 juin 1945
Vue aérienne de la plate-forme d'opérations de REIMS - WEZ - THUISY (Marne) le 2 juin 1945

Montage réalisé par François Paquet, membre du groupe 'Anciens Aérodromes' d'aprés une vue aérienne de 1951
Montage réalisé par François Paquet, membre du groupe 'Anciens Aérodromes' d'aprés une vue aérienne de 1951

Plusieurs milliers de soldats séjournèrent à 'Cleveland'.
Quelques officiers habitaient dans des maisons de Prosnes.
En face de ce camp avait été construit un autre camp pour les prisonniers Allemands. Jusqu'à 10000 Allemands y furent captifs.
'Cleveland' servit de surplus Américain. On pouvait y acheter des camions, des Jeeps, des meubles...

City Camp Cleveland - Prosnes 1945
Le camp Cleveland - Prosnes 1945 - Un des 17 "City Camps" américains de la région de Reims

1959

Constantine bénéficie de l’électricité. Un café-restaurant y est aménagé.

Prosnes dans les années 1960
Prosnes dans les années 1960

L'enseigne du relais de Constantine
L'enseigne du relais de Constantine

1972

Construction de la nouvelle salle du Café-Hotel-Restaurant « le relais de Constantine » et d’une station service.
Le relais routier sera très fréquenté jusque dans les années 1990 et sera un lieu apprécié des habitants du village.

1994

La baisse de fréquentation du restaurant par les routiers rend difficile son exploitation.
Les propriétaires aspirant à une retraite méritée décident la mise en vente.
Plusieurs tentatives seront infructueuses.
La station service est désactivée vers la fin des années 1990.

Malgré l'organisation d'après-midi « Thé dansant » ou la location pour des banquets, le restaurant vivote.

2003

L'ensemble de la propriété est entièrement rachetée pour usage privatif.
La partie restaurant est ouverte à la location pour des soirées, des repas familiaux et cérémonies.
La partie habitation fait l'objet de travaux de rénovation.

Constantine en 2004
Constantine en 2004


Haut de page